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Rotincia - Accueil Accueil Rotincia > Ressources > Le Canton de Montdidier

Description
du Canton de
Montdidier
par M. l'abbé Godart

Notes historiques et archéologiques sur les communes du canton > Assainvillers

Assainvillers est bâti assez irrégulièrement sur le versant nord d'un ravin peu profond, où passent les eaux sauvages venant d'Onvillers et se dirigeant par Rubescourt vers la rivière des Trois Doms. Le village se trouve sur la droite de la nationale allant de Montdidier à Compiègne. Il est distant de 5 kil. du chef lieu du canton. Le territoire a une étendue de 730 hectares ; la population est de 295 habitants.

On longe en passant sur la route les vastes constructions d'une ferme modèle, bien connue des agriculteurs de la région du nord. C'est celle des Triboulet. Trois boulets en pierre au dessus de la porte d'entrée servent d'armes parlantes. La famille occupe cette ferme depuis la fin du siècle dernier. Mr Pierre Triboulet fut au concours de 1867 lauréat de la prime d'honneur et reçut, deux ans plus tard, la croix de la Légion d'Honneur. Son fils, couronné de nombreuses récompenses, vient d'être nommé (1893) Chevalier du Mérite Agricole. Il apporta tous les jours de nouvelles améliorations à sa culture et à la distillerie qui est annexée à la ferme.

 

Le nom du pays n'a pas subi, à travers les siècles, de bien grandes altérations. Dans les différentes formes que donne Mr Garnier, et qui se trouvent dans des actes d'époques différentes, telles que Anseinviller (1207), Ansainviller (1254), Aussinviller (1567), Assanvillé (1757), on peut facilement reconnaître l'Assainvillers d'aujourd'hui.

Hâtons-nous de dire qu'Assainvillers était jadis de l'élection et du bailliage de Montdidier, et que la paroisse a toujours appartenu au doyenné de Montdidier.

 

La terre d'Assainvillers relevait de la seigneurie de Raineval. La ferme avait 72 mines à la sole.

En 1206, Obert d'Assainvillers gratifia les Frères et Sœurs de l'Hotel Dieu de Montdidier de deux gerbes de dîmes à prendre sur la ferme de Bellicourt près de Cuvilly. On se dépouillait pour cet établissement. Vers la même époque, Pierre Minchevin, bourgeois de Montdidier, et Guèle, sa femme, lui abandonnèrent deux gerbes de dîmes qu'ils possédaient à Assainvillers.

Nous savons que par suite du mariage d'Olympe de Brouilly, fille d'Antoine de Brouilly, seigneur d'Assainvillers, de Mesvillers, etc. avec Louis de Villequier, duc d'Aumont, la terre d'Assainvillers entra dans cette famille et y resta jusqu'à la Révolution. Nous donnerons à la fin de cette notice la généalogie de la famille de Brouilly ; nous donnerons plus tard, à la fin de la notice sur Mesvillers (Piennes) la généalogie de la maison d'Aumont.

 

Il y avait à Assainvillers plusieurs fiefs assez importants. Le principal était celui du Petit Heilly, consistant en 249 journaux et 86 verges de terres labourables - 16 j. de bois et les droits seigneuriaux ; le domaine du Petit Heilly, où était anciennement une maison seigneuriale, était attenant au domaine de Lieuvillers, dont il sera parlé ci après et où il y avait une ferme et ses dépendances. Le souvenir de ces localités est presque perdu et c'est à peine si l'on se rappelle la chapelle Ste Geneviève qui était à côté.

Le Petit Heilly se divisait en deux fiefs, tenus et mouvants du Comté de Mailly Raineval : l'un, des trois quints, appartenait à Mr Jean François Pillon de la Tour (1759), avocat et élu à Montdidier ; l'autre, des deux quints à Mre Pingré de Fricourt, seigneur d'Havernas. Nous allons dire, plus loin, par quelles mains ces fiefs étaient passés avant d'arriver à ces derniers propriétaires.

Les 3/5 du 1er consistait en 149 journaux et 97 verges, dont partie d'une pièce de 15 à 16 j. de bois et compris le chef lieu où était autrefois une maison et ses dépendances contenant 7 j. et 1/2.

Les 2/5 consistaient en 99 journaux 89 verges, le tout avec haute, moyenne et basse justice, selon la coutume de Montdidier.

Voici les reliefs desdits fiefs. En 1475, Charles d'Ailly, chevalier, vidame d'Amiens, vend le fief d'Heilly, tenu de Raineval, à Laurent Herbelot.

En 1482, la veuve de Laurent Herbelot vend à son tour à Robert Fouache, alors demeurant à Paris, plus tard bourgeois de Montdidier, la seigneurie de Heilly, moyennant 380 écus d'or à la couronne.

En 1544, Jean Louvel, licencié ès lois, hérite de sa cousine Madeleine Fouache, la moitié du fief. Pour même cause, l'autre moitié échoit à Claude Trenet.

En 1584, Jean Louvel, seigneur de Glisy, fait l'aveu de la moitié qu'il possède.

En 1633, Elizabeth de Eucourt, veuve de François de Louvel, chevalier, fait l'aveu des 3/5 du fief pour Etienne François de Louvel, son fils.

En 1721, relief par Jean Fois Pillon de la Tour, officier du duc d'Orléans, qui avaient acheté des précédents les 3/5 du fief ; d'où en 1759, nouvel aveu de son fils Jean François.
Pillon de la Tour portait : d'azur à la tour d'argent, accompagnée de deux trèfles d'or, surmontée d'une étoile de même, avec 2 pilons d'or en sautoir.

Pour la seconde partie, soit le 2/5, ils appartenaient en 1660 à Jean Coulet de Montdidier.

En 1664, sur saisie, Jean Gorguette devenait adjudicataire. Nous retrouvons ce même Gorguette comme propriétaire d'une partie du fief de Lieuvillers. Le fief passe à son fils aîné Vincent Gorguette, sur qui une saisine est faite en 1707 à la requête de Nicolas Lempreur, prêtre demeurant à Amiens.

En 1744, nouvelle saisine au profit de Claude de Mons, chevalier, sur le contrat d'acquisition fait par lui au sieur Gorguette.

En 1746, saisine pour dénombrement d'un sixième dudit fief acquis par le dit sieur de Mons, fils du précèdent et seigneur d'Havernas.

Enfin par acquisition de vente du précèdent, ce fief tomba en la possession de Me Pingré de Fricourt, procureur du roi au présidial d'Amiens (V. de B. : Doc. Inéd. T.IV) - Les Pingré portaient : d'argent à un pin de sinople à pommes d'or surmontée d'une grive de sable.

 

Le second fief sous le rapport de l'étendue et des droits était celui de Lieuvillers - Lieuviller - Locus villaris, dit le P. Daire - qui relevait de la Salle du Roi de Montdidier. Il y avait là une cense ou ferme dont les terres ont été partagées entre MM Gorguette seigneur en partie de Lieuvillers et de Ravenel.

 

Il y avait tout auprès une chapelle sous le vocable de Ste Geneviève. Elle existait dès 1301. On la retrouve mentionnée dans les Pouillés de 1682 et de 1689. D'après la déclaration faite par le titulaire en 1728 (c'était Me Joseph de Bertin), les revenus étaient de 46 livres à la charge d'une messe le jour de la fête. Scellier se faisant l'écho des bruits de son temps dit que le revenu était "de 60 à 70 liv. avec une quarante d'écus d'offrandes et d'évangiles".

Cette chapelle, indiquée sur la carte de Cassini, se trouvait à gauche de la route de Montdidier à Rollot, à la limite des territoires de Montdidier et d'Assainvillers. Elle était fort négligée, s'il faut en croire un état du diocèse de la fin du XVIIe siècle. Voici ce qu'on y lit : "Il y a une chapelle de dévotion qui porte le nom de Ste Geneviève où il  y a eu autrefois des hermites. On y va dire la messe, les chevaux étant dans la nef ; les bestes y entrent tous le jours, n'y ayant pas de porte fermante : il s'y fait des choses tout à fait déshonnêtes. Une personne a demandé qu'on lui permit de rebâtir la maison de l'hermite, ce qui empêcherait tous ces désordres".

Cette chapelle formait un modeste bénéfice. Dans un dénombrement de la terre du lieu fait par Bernard Trénot à Jean de Roye, seigneur de la Tournelle, de qui dépendait ce fief, il est fait mention de cette chapelle : "Item à cause d'iceluy mon dit fief est en ma donation et collation une chapelle dite de Lieuviller, assise audit lieu qui s'étend en 6 journaux de terre ou environ en un pièce et en grosses dîmes sur plusieurs pièces situées vers la Justice Royale" ; cette justice royale était située près du moulin à vent, situé à peu de distance de la ville, en haut de la côte, à gauche sur le chemin du Monchel.

Il est encore parlé dans un titre du Cartulaire de St Corneille de Compiègne de 1256. Cette chapelle disparut vers 1756. Le dernier titulaire fut Mr Lagueu demeurant à Monceaux en Brie. La route d'Assainvillers rectifiée dans le siècle dernier a coupé l'ancien enclos Ste Geneviève : on en trouve encore quelques vestiges en labourant. Une tradition qui a cours encore veut que des cloches soient enterrées en cet endroit.

On y venait en pèlerinage. En 1757, le clergé de St Pierre et celui du Sépulcre allèrent, le matin, en procession à la chapelle Ste Geneviève demander à Dieu un temps favorable pour les biens de la terre.

Le pèlerinage a été reporté au lundi de la Pentecôte et se fait à l'église paroissiale. Il y vient passablement de monde des villages voisins.

 

Le FIEF de DEFOY consistait en une maison, 120 mines de terre à la sole, 5 journaux de bois à couper, 2 journaux de prés et dessus de Pas, une portion de dîme et un droit de champart. Il relevait de Nanteuil le Hauduin, près Chauny.

Les Fourmentin en étaient seigneurs au quatorzième siècle. En 1422, Marie Fourmentin, dernière héritière dudit fief, le fit entrer dans la famille de Brouilly, par son mariage avec Antoine II de Brouilly, seigneur de Mesvillers, etc.

 

Lors de l'invasion espagnole (XVIIe siècle), Jean de Werth, irrité de la résistance que lui opposaient les Montdidiériens, vint en personne s'établir avec 5 à 6.000 hommes entre la ville et la ferme de Defoy. Le baron de Neufvillette ayant voulu introduire 60 chevaux légers dans la place tomba dans une embuscade et ne put se sauver qu'avec 14 des siens, blessés pour la plupart. C'était un succès : il ne put empêcher, peu de jours après, la retraite honteuse de Jean de Werth.

En 1861, on trouva près de la ferme une grosse quantité de pièces d'or espagnoles au type de Philippe IV : elles provenaient sans aucun doute des troupes qui avaient campé là avec le général que nous avons nommé ci dessus.

La ferme disparut par un incendie au mois de 7bre 1868. Il ne reste pour garder le souvenir de cette localité qu'un petit bois, qui porte le nom de bois Defoy.

 

L'église est de forme lourdes et disgracieuses : elle a subi, à des époques différentes, des réparations qui n'ont pas continué à l'embellir. La tour, qui la précède et qui est surmontée du clocher, paraît, ainsi que les murs des bas côtés, de construction très ancienne. L'appareil est en pierre de Mortemer ; aucun ornement à la porte d'entrée, qui est à plein cintre et très basse. A l'intérieur, trois nefs, séparées par des piliers qui offrent une particularité remarquable : les chapiteaux et les tailloirs des piliers de la nef (de forme cylindrique, aussi bien que ceux du chœur, de forme octogonale) sont tous différents, ainsi que les bases : on n'en trouve pas deux semblables. L'ouvrier semble s'être ingénié à ne pas se répéter. Les piliers sont reliés par de larges arcs en forme d'anse de panier ; les fenêtres sont de forme ogivale ; ce mélange semblerait indiquer une époque de transition et pourrait faire attribuer ce qui reste de l'église primitive au XIIe siècle.

Dans le haut d'une fenêtre du latéral droit sont les armes des de Brouilly, à qui appartenait la terre d'Assainvillers dès le XVe siècle : ils portaient : d'argent au lion de sinople debout, couronné, armé et lampassé de gueules.

Deux pierres encastrées dans le mur de l'église à gauche portent les inscriptions suivantes ; la première au bas de l'église :

Ci gisent les corps de feu Pierre

Daussy, officier du roy décédé le 7 mai

1689, âgé de 31 ans et de feue Maire

Françoise Daussy, sa fille décédée le

30 septembre 1689 agée de 10 ans, et

de damoiselle Jeanne Françoise Morel

laq. a fondé pour eux un obit à

perpétuité dans cette église.

Requiescant in pace.

 

Au dessus de l'inscription, dans un fronton arrondi, on voit une croix accompagnée de larmes. Un peu plus haut, vers la chapelle Ste Geneviève, on lit :

 

Ci gisent et reposent les corps des deffunctz

honorables personnes Pasquier Le Febvre et

Magdeleine Bullot, sa femme, vivant receveur

de la terre et seigneurie de Defoy, lesquelles

ont donné la somme de juict livres de rente

par chacun an à l'église de céans à pren-

dre sur une pièce de deux mines et un quar-

tier de terre située au terroir proche le moulin

d'un lez et d'un bout au Seigr d'autres lez

aux héritiers Lempreur d'autre bout au Sr de

Bussy, à la charge de deux obits solennelles

à perpétuité lesquelles se chanteront le 8 et

le 9 décembre de chaque année avec

quatre libera et quatre salve regina, sca-

voir à jour de Noël, Pasques, Pentecote et

la Toussaincts et selon qu'il est plus au

long porté au contrat passé devant

de Rouvroy, notaire royal à Montdidier

le 30 de l'an .. ledict Lefebre décédé

le cinquième décembre 1650 et ladixte

Bullot, le sixiesme febvrier 1666.

PRIEZ DIEV POVR LEVRS AMES.

 

Dans l'allée du milieu sont des pierres tombales, dont les inscriptions, usées par les passants, sont indéchiffrables : on distingue quelques vestiges des personnages qui y étaient représentés.

On prétend que la statue de Ste Geneviève provient de l'ancienne chapelle de Lieuvillers. Nous avons dit qu'il y a le lundi de Pentecôte un pèlerinage assez fréquenté.

L'église est sous le vocable de St Denis. On venait jadis implorer ce patron puissant. Le 10 octobre 1408, Jeanne de Raineval, femme de Bauduin d'Ailly, séjournant au château de Pierrepont, vint à Assainvillers "en pèlerinage à Mgr St Denis, qui est bien le meilleur de tous les Saints" (V. de B. : Doc. Inéd.).

Il y avait en cette église une confrérie du St Sacrement. Charles Lefebvre en était marguillier en 1740. Le compte de son prédécesseur qui avait exercé de 1735 à 1739 s'élève à 128 liv. 13 sols. La confrérie avait été fondée en 1720. Il y avait tous les premiers jeudis du mois messe et salut. De plus, chaque confrère avait droit lorsqu'il mourait à une messe haute.

La cure était à la présentation du chapitre de Fouilloy ; l'Evêque en était le collateur. D'après la déclaration de 1730, le revenu était, déduction faite des charges, de 317 # 5 sols. Dans son nouvel ouvrage (Le Clergé en 1789), Mr Darsy indique un revenu de 700 livres.

La portion congrue était payée au curé par les gros décimateurs, c'est à dire le collège du Cardinal Lemoine à Paris, l'Hotel Dieu à Montdidier et le seigneur de Piennes. Toutes le dîmes étaient inféodées.

Grâce à la libéralité de Mr Triboulet, qui a relié par un fil l'église à son usine, l'église d'Assainvillers est éclairée à l'électricité depuis 1891 : c'est la première paroisse du diocèse qui ait usé de ce mode d'éclairage.

 

Nous allons donner la liste des curés dont nous avons pu retrouver les noms :

1659              Claude François (Inscription de la cloche)

1686              Dominique Mathon. Il a consigné sur son registre de fabrique des notes très intéressantes dont nous allons donner de larges extraits. Le registre est commencé en 1710. Le curé déclare d'abord "n'avoir trouvé que peu de papiers tant à cause des guerres qu'à cause que plusieurs curés ont gouverné cette église". La remarque n'est pas flatteuse pour les prédécesseurs.

Il fait remarquer aussi qu' "en quinze ans il a changé 15 fois de magister". Et il nous donne les raisons de ces changements répétés "Tous ont quitté pour se mieux placer ailleurs". Ceci n'est pas flatteur pour la paroisse.

Continuons " Il a pavé l'église a capit ad calcem". On voit que le bon curé est content de son œuvre. Il ajoute "Ce petit préambule ne déplaira pas. On est toujours bien aise de lire des curiosités". Nous avouons que nous en sommes pour notre propre compte enchantés et toutes les fois que dans les vieux registres des églises nous avons trouvé des notes du même genre, nous avons été singulièrement aidé dans nos recherches sur l'histoire locale. Honneur à ces curés qui avaient le souci de l'avenir !

"La chaire fut faite en 1690. Les principaux ornements ont été donnés par feue Me la Marquise de Piennes, mère de Madame la duchesse d'Aumont (Olympe de Brouilly [Olympe de Brouilly portait le titre de comtesse de Montdidier par suite de l'échange qu'elle avait fait de plusieurs fiefs et terres qu'elle possédait dans l'étendue du parc de Versailles contre les fiefs relevant de la Salle du Roi à Montdidier avec les droits directs et mouvants.]). Mgr le duc d'Aumont donnera quelque jour ce qu'il lui plaira ; on ne taxe pas les gros seigneurs". Sous une apparente naïveté, ne voit-on pas percer une pointe de malice ?

"Il n'y avait jadis que deux cloches". C'est de son temps qu'on en eut trois. Disons en passant que le clocher n'en renferme plus qu'une : les deux autres furent livrées à la fonte au moment de la Révolution. Voici l'inscription que porte la cloche : (Parin Louis de Villequier) Marquis de Piennes et damoiselle Holimpe de Brovlly, Comtesse de Montdidier, de Lannoy, dame de Meinviller (Piennes), Assainviller, deffoy et autres lieux - maraine - bénite par Me Claude François, curé du dict Assinviller - 1672.

Les fonts baptismaux sont de 1689.

Le jour de Pâques, il était d'usage à Assainvillers, de donner aux communiants, après qu'ils aient reçu l'hostie, quelques gouttes de vin. C'était peut être un reste de l'antique usage. "J'ai aboli, dit-il, la coutume que j'ai trouvée de faire suivre le sieur curé le jour de Pâques avec un verre de vin pour les communiants. Il est aisé d'en deviner la raison dans le siècle corrompu où nous vivons. Je ne l'ai entretenu que quatre ou cinq ans. L'avidité est telle qu'on a laissé un journal et demi de terre, à la condition que la fabrique fournirait deux lots de vin blanc pour servir à l'usage ci dessus indiqué".

Les basses messes étaient payées 10 sols. Si l'on veut faire attention à la valeur du numéraire, on verra que les honoraires n'ont guère changé.

Nous trouvons dans ces mêmes registres une preuve de l'attention qu'apportaient les curés à l'instruction primaire. Dans les conditions imposées à un clerc qu'on reçoit, il est soigneusement stipulé que ledit clerc fera régulièrement l'école aux enfants de ladite commune sans acception de personnes, qu'il leur enseignera exactement le catéchisme, leur en fera les explications dont il pourra être capable et "surtout calculées sur celles du curé" ; en un mot "qu'il édifiera par la régularité de sa conduite ceux qui doivent s'unir à lui pour chanter les louanges du seigneur, à charge pour les habitants de lui payer annuellement à la St Rémy un demi setiers de blé par ménage et un quartier par ménage et de lui en accorder trois sur les revenus de la fabrique". O tempora ! O mores ! Que nous sommes loin des exigences des instituteurs de nos jours !

 

  Claude Dominique Mathon mourut en 1717, après avoir été trente et un ans curé d'Assainvillers.

1717    Antoine Bernard

1729    Alexandre Guibet. Il fit rebâtir le presbytère incendié en 1765 en même temps que sept autres maisons.

1767    Jean Baptiste Normand. Son nom disparaît des actes à partir de 1776. Nous ne trouvons plus que des prêtres desservant la paroisse.

1776    .. Chartron, bachelier en théologie de la Faculté de Paris

1778    C.E. Guedé

1780    .. Pillon de la Tour

1786    .. Jamard

1787    Nicolas de Caix

Mr Normand était toujours titulaire de la cure d'Assainvillers. En effet nous trouvons, en 1791, son nom sur la liste des curés pensionnés par l'Etat. Il n'avait même pas alors quitté la paroisse.

Il se trouva à l'époque révolutionnaire un brave magister du nom de Pauquerest qui eut l'heureuse idée de consigner sur les registres de la fabrique les choses remarquables arrivées depuis 1795 jusqu'à 1814. Nous allons puiser largement dans ses notes.

Il nous apprend d'abord que la messe fut dite jusqu'en 1793, l'année terrible. Alors l'église fut fermée en exécution d'un arrêt d'André Dumont, membre de la Convention. Les ornements et les vases sacrés furent portés au district, ainsi que les cloches : on n'en laissa qu'une. Les statues des saints furent brûlées par des commissaires envoyés du district", ce à quoi, dit-il, ils ont été aidés par des gens du village qui commençaient à perdre la foi". On dit que la statue de Ste Geneviève fut cachée et sauvée par une femme courageuse ; elle s'appelait Cécile Ledoux et était la veuve de Charles Minart. La statue fut replacée plus tard dans l'église.

On recommence à dire la messe dans une grange appelée maison Médard. Car l'église servait alors à la fabrication de salpêtre en même temps qu'à l'emmagasinement de fourrages. Il fallut alors tout renouveler, puisque tout avait disparu. On se servit "pour faire le premier calice d'un gobelet d'argent qu'on mit sur un pied de chandelier argenté, donné par Mr Jn Adrien Triboulet". La patène était de fer blanc étamé. Il servit jusqu'au moment où une ordonnance de l'Evêque obligea à en acheter un d'argent. Jean Baptiste Triboulet, frère du précédent, contribua de ses deniers à l'achat de ce calice. Deux anciennes religieuses de la Providence à Amiens, dames d'un rare mérite, sœurs de MM Triboulet, donnèrent des ornements qu'elles firent de leurs propres mains.

C'est Nicolas de Caix, desservant d'Assainvillers, qui fut témoin de la restauration du culte et le premier curé après la Révolution : son nom se trouve sur un des piliers du chœur ; c'est lui qui avait dirigé les travaux de réparation de l'église ; on lit : PRIEZ DIEU P.M.M. DE CAIX DESSEVt ET MARIE PILLON AVT.DE.C.P. 1787,
puis vinrent :

 

1829           .. Peschaud

1830           Jn Be Decroisette

1858           Xavier Fulgance Dupuis, mort curé                                                        d'Etrejust

1864           A. Dermans, depuis curé de Brie

1865           Léger Benoni Blond, mort à                                                                                    Assainvillers

1872           Arsène Froideval, mort curé de                                                                                               Chuignolles

1877           Hyacynthe Nobécourt, auj. curé                                                                                            d'Equancourt

1893           .. Mille, précédemment vicaire                                 de Beaucamps le Vieux.

 

Terminons par la liste des maires :

1793           Ch. Gaudissart, off. public

1794           .. Coffin

1795           Charles Maurice Gaudissart 2e,                                                                              agent municipal

An VI          Nicolas Leclerc

An VIII      Nicolas Triboulet, maire

1837           Joseph Fois Lefebvre

1843           Joseph Auguste Triboulet

1848           Théodore Lefebvre

1871           Pierre Adrien Triboulet, chevalier                                                            de la Légion d'Honneur

1886           Camille Triboulet, nommé en 1893                        Chevalier du Mérite Agricole.

 

Nous relevons enfin dans le plan cadastral parmi les lieux dits : le Buisson Pouilleux - les Longs Champs - les Champs Ste Geneviève (où était jadis la chapelle, objet du pèlerinage) - le bois Brûlé - la Cognée - les Vignes à Planter - les Vignes à Cailloux - Fosse Jean Robert - les Champs Bossus - les Miniers - la Haize - les Deux Muids - les Quatre Muids - les Garaches.

Nous donnons ici, comme nous avons promis, la généalogie de la famille de Brouilly à qui la terre d'Assainvillers appartenait vers le XVIe siècle.

 

La famille de Brouilly est originaire de l'Artois. Antoine, Ier du nom, vint s'établir en Picardie au commencement du XVe siècle en même temps que Josse de Halluin, originaire de la Flandre, achetait la terre de Maignelay (Oise, jadis Halluin).

Antoine eut pour fils Nicolas qui épousa en 1422 Marie Fourmentin, dame de Defoy, Beauvoir les Rollot, du Cauroy et autres lieux.

D'où Antoine II qui épousa Jeanne de Pas, de qui vint :

François de Brouilly, fils aîné du précédent, épousa Louise, fille de Charles de Halluin, chevalier des ordres du Roi. Il fut tué dans une rencontre près de Senlis en 1589 et inhumé dans la cathédrale de cette ville.

Il laissait 5 enfants. L'aîné lui succéda : il épousa Gilette d'Harcourt, de qui il eut :

Antoine, IVe du nom, gouverneur de Pignerol, Comte de Lannoy, Mesvillers, Assainvillers, Houssoye, Beauvoir les Rollot, la Villette, Faverolles, etc. C'est en sa faveur que la terre de Piennes (près de Cassel-Nord) fut érigée en marquisat par lettres patentes du roi Louis XIV en date du 16 août 1669.

Sa fille aînée, Olympe de Brouilly, appelée Mademoiselle de Piennes, épousa en 1690 Louis de Villequier, duc d'Aumont, dont les descendants possédaient encore à la Révolution le marquisat de Piennes.

En 1705, Olympe de Brouilly, marquise de Piennes, épouse séparée de biens du duc d'Aumont, pair de France, échangea avec l'autorisation de son mari, plusieurs terres et fiefs qu'elle possédait dans l'enceinte du parc de Versailles contre les fiefs dépendants de la Salle du Roi à Montdidier. Louis XIV abandonna donc à la duchesse lesdits fiefs et seigneuries de la Salle avec les droits directs et mouvants, l'hommage, etc. mais il se réserva expressément la justice et les droits en dépendant à la charge par la duchesse de tenir le domaine en foi et hommage du Roi (Voir pour la suite Aumont, à l'article Piennes).

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